Article rédigé dans le cadre de mon (trop court) stage à “La Libre Belgique” :
Tanguy Verraes
Mis en ligne le 11/06/2008
Les Vingt-sept s’accordent sur le temps de travail et les travailleurs intérimaires.
Les syndicats qualifient l’accord d’”inacceptable” et de “régression sociale”.
Dans la nuit de lundi à mardi à Luxembourg, le conseil des ving-sept ministres européens en charge de l’Emploi et des Affaires sociales est laborieusement parvenu à un accord sur deux directives qui concernent l’aménagement du temps de travail et les droits des travailleurs intérimaires. Si la proposition de directive sur les travailleurs intérimaires ne pose pas de problèmes majeurs, celle qui traite du temps de travail est nettement plus polémique.
Cette dernière a suscité la réaction courroucée de la Confédération européenne des syndicats (CES). John Monks, secrétaire général de la CES, a déclaré que “l’accord sur le temps de travail est très insatisfaisant et inacceptable si l’on considère les dispositions sur le travail de garde (“on-call work”) et la poursuite de l’ “opt out” britannique.” Il reconnaît cependant que “l’accord pris sur la directive concernant les travailleurs intérimaires est positif” et de prévenir qu’ “à présent, nous allons travailler sur ces deux mesures avec nos alliés au Parlement européen.”
Une régression sociale
Même son de cloche du côté des syndicats belges. Claude Rolin, secrétaire général de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), et Yves Hellendorff, secrétaire national de la Centrale nationale des employés (CNE), se rejoignent pour dénoncer la “régression sociale” de la directive sur le temps de travail. Pour Claude Rolin, elle est un pas dans “la mauvaise direction”.
Bernard Noël, secrétaire nationale du syndicat libéral (CGSLB), confirme. Selon lui, la directive serait la porte ouverte vers une “pression de la part de l’employeur à l’égard du travailleur”. D’un ton ironique, il ajoute qu’elle est une pierre dans l’édifice de la “saine concurrence”.
Pour tous les syndicats confondus, les deux pierres d’achoppements qui irritent sont les dérogations sur le temps de travail (“opt-out”) et les gardes inactives.
Du côté du gouvernement belge, Joëlle Milquet, ministre de l’Emploi, s’est déclarée peu réjouie de l’accord. Elle émet des réserves importantes et exige des modifications substantielles. D’ailleurs, avec quatre autres collègues européens (Espagne, Grèce, Hongrie et Chypre), la Belgique s’est abstenue lors du vote. La ministre aurait souhaité que l’ “opt-out” cher aux Britanniques soit limité dans le temps, ce que l’accord ne prévoit pas.
Malgré tout, Joëlle Milquet se dit confiante, sachant que les deux directives doivent être adoptées par le Parlement européen. Celui-ci avait déjà émis un rapport très critique. Elle n’exclut donc pas que “les directives repassent par un second tour”.
Peu d’impact pour les Belges
La Fédération des entreprises de Belgique (FEB), par la voix de Sonja Kohnenmergen, se réjouit de cet accord. Cela fait près de quinze ans que le patronat attend une telle directive, jugeant la loi belge “trop rigide”. C’est la philosophie de la directive qui est appréciée car elle permet à “un travailleur qui souhaite travailler plus de pouvoir le faire”. Elle regrette “le passage obligé par la convention collective si l’on souhaite une dérogation.”
Joëlle Milquet, syndicats et patronats reconnaissent qu’à court terme, si une telle directive devait être adoptée, elle ne changerait pas grand-chose pour le travailleur belge. En attendant, les parlementaires européens seront mis au travail forcé.
http://www.lalibre.be/actu/europe/article/427066/un-accord-laborieux-et-conteste.html