30th Jun 2008

L’Europe a besoin “d’un capitaine de foot, pas d’un empereur”

Posted in General, Infos at 12:41 pm by Tanguy

Article paru dans le cadre de mon stage à la rédaction de “La Libre Belgique” :

L’Europe a besoin “d’un capitaine de foot, pas d’un empereur”

Mis en ligne le 30/06/2008

A la veille de la présidence française, Sylvie Goulard met en garde contre la tentation de tirer la couverture à soi.

Entretien Tanguy Verraes

A la veille de la présidence française du Conseil de l’Union, Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen-France et professeur au Collège d’Europe, met en garde contre la tentation de tirer la couverture à soi et engage, comme dans son dernier ouvrage, à “cultiver notre jardin européen” (*) . Pour elle, “le vrai enjeu” de la présidence française “est de remettre le citoyen dans le bateau européen” . Car “l’Europe est devenue mortellement ennuyeuse”.

Quels atouts Paris peut-il faire valoir ?
Les atouts tiennent au dynamisme de Nicolas Sarkozy et à l’expérience européenne de certains dirigeants, comme Jean-Pierre Jouyet. Le Président veut faire bouger les choses et l’Europe en a bien besoin. Il a su prendre ses responsabilités durant la campagne électorale sur la ratification du nouveau traité européen, alors que la démagogie aurait pu le mener à la position inverse (NdlR : organiser un référendum). Mais la réussite d’une présidence dépend avant tout de la capacité du pays concerné à faire prévaloir l’intérêt général sur ses propres intérêts. Un bon président, c’est plus un capitaine d’équipe de foot qu’un empereur d’Europe.

Inversement, que peut-on craindre de cette présidence française ?
Bien entendu, Nicolas Sarkozy a les défauts de ses qualités. Le dynamisme va-t-il être mis à profit pour faire bouger les lignes là où c’est nécessaire ? Il est évident qu’il peut y avoir des débordements et des tentations de tirer la couverture à soi. C’est un problème de style et de personne. Il faut faire avec. Il faut surtout ramener la présidence à ce qu’elle est, c’est-à-dire six mois où l’on exerce des fonctions au service de tous. Il y a suffisamment de blagues belges sur les vertus premières des Français, notamment sur leur “modestie”, pour ne pas avoir besoin d’en dire plus !

Quel tour de magie la France peut-elle proposer pour aller au-delà du “non” irlandais au traité de Lisbonne ?
Nicolas Sarkozy n’est pas Harry Potter. Il n’y a pas de tour de magie réglant les problèmes par miracle. Bien sûr, ce “non” est révélateur d’un malaise profond qui doit pousser les gouvernements à se remettre en cause.
Mais il ne doit pas être un prétexte pour renoncer à l’action quand elle est nécessaire, notamment pour des motifs tirés de l’évolution du monde. C’est aux Irlandais d’interpréter leur “non”. Il ne semble pas qu’ils aient voulu quitter l’Union. Ils doivent donc contribuer à dire en quoi un traité qui, sans être un chef-d’oeuvre, apporte un peu plus de démocratie et d’efficacité, leur pose un problème.

La présidence française coïncide-t-elle avec un retour en force de l’axe franco-allemand ?
Ce qui me frappe, c’est la découverte ex post de la force du lien franco-allemand chez les chanceliers ou les présidents lorsqu’ils sont élus. On pourrait penser qu’ils s’y préparent, ou qu’ils s’entourent des conseillers les plus compétents, et non ! Ils arrivent au pouvoir sans tenir compte de l’importance du partenaire. Comme Nicolas Sarkozy en 2007, qui a lancé son “Union de la Méditerranée” sans concertation avec l’Allemagne. Comme Gerhard Schröder en 1998. C’est ce que j’appelle le couple franco-allemand avec mercurochrome : on attend de s’être cogné dans le mur de la réalité pour se remettre à travailler ensemble. Cela fait beaucoup de temps perdu, de dégâts et de confiance gaspillée.

Alors que l’Union s’ouvre vers l’extérieur, on voit des poussées nationalistes naître un peu partout…
La recrudescence de nationalismes est l’un des principaux dangers qui guettent l’Union. Face au retour vers un esprit provincial, une fermeture aux autres, il y a un effort à mener pour ne pas céder à cette facilité qui apporte avec elle des jugements de valeur. Les Français et les Allemands doivent faire passer ce message que l’ouverture aux autres cultures a une valeur en soi, et non pas le repli sur ce qu’on connaît le mieux. L’Europe va à l’encontre de tous les réflexes spontanés, qui sont de se trouver plus malin que son voisin ou de trouver que son pays est mieux que celui d’à côté.

(*) Sylvie Goulard. “Il faut cultiver notre jardin européen”, Seuil, Paris, 2008.

http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=431160

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