19th Jun 2008
Double nationalite pour les adoptes ?
Actuellement, certains de mes co-religionnaires adoptés, par la voie de l’association GOA’L - Global Overseas Adoptees’ Links, mènent campagne pour obtenir la double nationalité, celle de leur pays d’adoption et celle de leur pays d’origine (en l’occurence, la Corée du Sud).
Une revendication qui me laisse quelque peu perplexe et où je serais tenté de me demander … “Mais à qui profite le ‘crime’ ?”. Loin de moi l’idée de considérer l’adoption comme un crime et si tel devait être le cas, je le considérerais alors comme un “crime de lèse majesté contre Confucius” ;-)
Mais trêve de Confusi-ânisme et au risque de semer la confusion (hum, hum, jeu de mots trop facile !), j’en reviens à cette revendication que je trouve naïve, à défaut d’être irrationnelle.
Tout d’abord, afin de contextualier le propos, il est intéressant de savoir que toutes personnes d’origine coréenne (entendez, ayant du sang coréen qui coule dans ses veines) disposent déjà d’un visa spécial (F-4) qui permet de séjourner légalement 2 années (renouvelable) en Corée, de pouvoir y travailler et même de devenir propriétaire. Que demander de plus ?
Alors, quel pourrait être le ‘gain’ d’acquérir la nationalité coréenne ? Eviter des formalités administratives tous les deux ans ? Pouvoir clamer haut et fort qul’on est coréen de sang ET de droit ? Se présenter aux élections présidentielles coréennes ? effectuer son service militaire durant deux ans (pour les hommes) ???
Le gouvernement coréen aurait un certain intérêt à voir ‘revenir’ dans les rangs ces/ses 200.000 adoptés abandonnés de par le monde 10, 20, 50 ans plus tôt. Pas nécessairement au niveau démographique (200.000 est une goutte d’eau face au 50 millions de coréens), mais en terme de stratégie économique. Parmi ces 200.000 personnes, de nombreux sont diplômés et représentent des ‘agents’ économiques qui connaissent bien leur pays d’adoption. Un réseau qui faciliterait des relations diplomatiques et économiques avec ces pays.
Si je peux comprendre le mal-être de certains de mes coreligionaires et leur souhait d’échapper à leur condition d’adopté dans un pays (d’adoption) qui ne les a pas rendu heureux et épanoui, l’échappatoire de la double nationalité n’est, selon moi, qu’une douce illusion.
Acquérir la nationalité d’un pays implique de nombreuses choses en dehors du simple fait d’être né dans ce pays et d’en avoir les ‘gènes’. Ce serait implicitement reconnaître le droit du sang et renforcer cette définition (désastreuse) de la ‘race’.
Après avoir grandi 15-20 ans (ou +) loin de notre pays d’origine et de sa culture, serons-nous jamais considéré comme des leurs ? Citoyen coréen certes mais probablement de seconde zone.
Malgré mon attrait et mon intérêt pour la Corée, je ne me sens pas (et ne me sentirai jamais) coréen. Il est tout à fait possible, pour ne pas dire certain, que ma réaction est dûe au fait que je suis moi-même dans un pays (la Belgique) dont l’identité nationale est extrêmement floue (voire surréelle ? ;-)) et que les notions de “nationalité”; “nationalisme” et “patriotisme” ont peu de sens pour moi.
Si la nationalité ‘européenne’ existait, j’en serais un des premiers. L’idéal de l’Europe (avec aussi ses défauts et ses difficultés) est celui du citoyen du monde … “L’Unité dans la diversité”. Il faut cultiver nos différences et ne pas s’enfermer dans des ‘catégories’ (nationales ou autres).
On pourrait encore discourir longtemps sur ce débat. J’invité sincèrement mes coreligionaires à y réfléchir deux fois - dans leur langue d’adoption et en coréen ;-) - avant de revendiquer cette double nationalité qui donnerait de fausses illusions à certains ‘déracinés’.
