22nd Apr 2008

Bioeconomie, une verite qui derange

Posted in General, I-Red, Infos, Personal at 9:20 am by Tanguy

Petit travail d’écriture personnel dans le cadre d’une formation livré à notre réflexion

Bioéconomie, une vérité qui dérange

Economie, énergie et environnement forment un trio indissociable. Aujourd’hui, la mondialisation est dans l’incapacité de répondre aux grands défis énergétiques et environnementaux de demain. L’alternative ? La bioéconomie.

Il ne faut pas être nobelisé pour comprendre que les ressources énergétiques de notre planète, un jour ou l’autre, se tariront. Malgré cette évidence et un baril de pétrole qui dépasse les 115 dollars de nos jours, l’Homme continue sa course effrenée vers toujours plus de productivité, toujours plus de croissance (économique) et toujours plus de consommation. Résultat d’une mondialisation où les questions énergétiques et environnementales sont éludées, voire ignorées, et dont le modèle économique est résolument dépassé.

Du protocole de Kyoto au Prix Nobel de la Paix 2007 co-attribué au Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat - GIEC - et à Al Gore pour son film-documentaire sur le réchauffement climatique, de nombreuses sonnettes d’alarmes n’ont de cesse d’interpeller les citoyens et les politiques de l’urgence de réagir. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il n’a pas fallu attendre cette dernière décennie pour que des experts éclairés se penchent sur la question énergétique. Il faut remonter à la première crise pétrolière internationale du début des années ‘70 pour voir paraître quasi-simultanément les premiers fondements de ce qu’on appelle aujourd’hui la « bioéconomie » et d’où le concept de « développement durable » n’est qu’un succédané.

Une bioéconomie de la décroissance

Il y a plus de 30 ans, « Le Club de Rome » , alors toute jeune association internationale apolitique réunissant scientifiques, professeurs, industriels, etc., publiait le « Rapport Meadows » intitulé « Halte à la croissance ? Rapport sur les limites de la croissance ». Ce rapport, ô combien précurseur mais controversé à l’époque de sa sortie, souligne déjà les dangers environnementaux d’une croissance économique et démographique forte. Il décrit le monde comme un ensemble global dont l’économie, l’énergie et l’environnement sont interdépendants et les interactions complexes.

Par exemple, si la croissance économique est stimulée par une croissance démographique, cette dernière est source de « pollution » qui elle-même cause un recul démographique. Par ces interactions, une consommation excessive de ressources naturelles, aussi bien alimentaires qu’énergétiques, peut entraîner une crise économique durable et dont la croissance économique s’arrête faute de matières premières qui entraîne elle-même une diminution de la population faute de nourriture. Ce rapport plaide dès lors pour une croissance nulle où, à la fois, l’activité économique et la croissance démographique sont stabilisées.

Parallèlement, un mathématicien-économiste roumain, Nicholas Georgescu-Roegen* (1906-1994) développe en 1971 un modèle économique radicalement différent. Sa théorie intègre le second principe de la thermodynamique, l’entropie. Ce principe caractérise l’état d’un système, ici la Terre dans sa généralité avec ses ressources, et son niveau de dégradation. Par cette approche, il lie directement l’économie à l’environnement, mettant en lumière la contradiction qui peut exister, selon lui, entre la dégradation des ressources naturelles et une croissance économique sans limites théoriques. De cette contradiction, Georgescu-Roegen prône une décroissance économique - certains parlent de « décroissance soutenable » - pour tenir compte de la loi de l’entropie. Il associe au processus économique un flux énergétique qui se dégrade de manière irréversible lors des différents processus de transformation. Tout comme un glaçon qui fond au soleil ne redeviendra jamais un glaçon, un ordinateur ne pourra jamais revenir à la matière première qui a été utilisée pour le constituer et l’énergie utilisée pour le fabriquer ne pourra plus jamais être utilisée.

L’application de la bioéconomie et d’une décroissance économique impliquent de tendre principalement vers une diminution de la consommation et de la production. Ce qui ne pourrait se faire qu’au prix d’un profond changement de comportement et de mentalité de la société. La bioéconomie, une vérité qui dérange ?

* “The Entropy law and the Economic Process” - “La loi de l’entropie et le processus économique”

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